The Pale Blue Eye – Point de départ
Hiver 1830, West Point. Une citation d’Edgar Allan Poe sur la frontière entre la vie et la mort. La nuit, le brouillard, un arbre décharné, un pendu. Une musique inquiétante aux accents symphoniques. Plus de doute possible, nous sommes dans un film gothique.

The Pale Blue Eye – Critique
Attention : alerte spoilers
Sorti sur Netflix en début d’année 2023, The Pale Blue Eye était précédé d’une réputation élogieuse. Sa bande-annonce très apprêtée en était la principale cause. Une ambiance frissonnante, de magnifiques plans enneigés, du mystère, de l’horreur, un casting de choix… pour un film gothique dans la grande tradition du genre. Il y avait de quoi saliver.
Alors la question est forcément la suivante : les promesses entrevues dans la bande-annonce ont-elles été tenues ? La réponse sera normande : oui et non.
Commençons par les points positifs, et il y en a. Tout d’abord le casting impeccable. Christian Bale, comme à son habitude, incarne son rôle avec une grande justesse. Il est l’acteur majeur du film, Augustus Lando, inspecteur vétéran, chargé d’enquêter en toute discrétion sur le meurtre d’un élève à l’académie militaire de West Point. Son acolyte, un cadet de l’académie qui s’improvise à ses côtés comme détective, n’étant autre qu’Edgar Allan Poe (l’écrivain y fera ses études avant de se faire renvoyer pour indiscipline) est, lui aussi, remarquablement interprété par l’acteur Harry Melling, qui n’est autre que Dudley Dursley dans la saga Harry Potter (on ne le reconnaît pas d’ailleurs). Donc de ce côté-là rien à dire, les seconds rôles sont aussi de qualité.
D’un point de vue de la mise en scène, celle-ci fait vraiment le choix du classicisme, instaurant par ces longs plans, cette lenteur voulue, une atmosphère inquiétante dès plus sympathiques. On savoure la reconstitution impeccable du West Point des années 1830. La photo bleue neige est très belle. La musique, elle aussi, composée par l’immense Howard Shore est formidable. Ensorcelante à souhait.

Alors où le bât blesse ?
Malheureusement c’est l’histoire, ou plutôt c’est la dernière heure du film qui part en sucette, comme s’il était impossible de maintenir cette atmosphère élégante et inquiétante jusqu’au bout. L’histoire dès le début s’oriente vers un crime d’origine ésotérique. Pourquoi pas. Cela va souvent de pair avec le genre gothique. Mais en voulant montrer un rite satanique à l’écran, le film d’un coup perd de son mystère et s’enlise dans du grand guignol. Suggérer mais ne pas montrer devait être gravé au préambule de chaque scénario horrifique. Car dès lors que l’horreur est montrée, elle se dégonfle comme un ballon de baudruche. Et The Pale Blue Eye n’échappe pas à la règle. Le pire étant le twist final qui exonère les pratiquants de ces rites scandaleux, comme s’il s’agissait d’une religion comme une autre, un loisir sympathique du dimanche après-midi. On ne peut que souligner le caractère woke d’une telle affirmation. Le même sujet, il y a vingt ans, n’aurait pas donné de tels revirements. Ce twist est, en plus, très agaçant car il tombe comme un cheveu sur la soupe, et donne l’impression d’une figure obligée : « mettons un twist final car les spectateurs aiment ça ». Quand cela se justifie oui. Mais c’est très loin d’être le cas à chaque fois.
Malgré ces sérieuses réserves, si vous aimez le genre gothique, alors vous trouverez votre plaisir dans The Pale Blue Eye. Car de telles productions sont rares aujourd’hui, et mérite qu’on s’y attarde.
The Pale Blue Eye (2022) réalisé par Scott Cooper avec Christian Bale, Harry Melling, Gillian Anderson, Charlotte Gainsbourg, Robert Duvall
Pour ceux qui aiment les bandes-annonces :
