Maigret et le mort amoureux (2026) – Point de départ
Le 36 quai des Orfèvres est appelé par le Quai d’Orsay. Entre quais, on se comprend. Un ancien ambassadeur a été retrouvé mort, par sa gouvernante. Il a été tué de plusieurs balles dans son bureau. Maigret est sur l’affaire. Affaire qui va le confronter à un milieu bien éloigné des milieux dans lesquels il évolue habituellement, celui de l’aristocratie.

Maigret et le mort amoureux (2026) – Critique
Après Pierre Renoir, Harry Baur, Michel Simon, Jean Gabin, Jean Richard, Bruno Crémer, Gérard Depardieu entre autres… C’est au tour de Denis Podalydès d’endosser le rôle du commissaire à la pipe. Et là, si vous êtes un brin observateur, vous allez me dire que Denis Podalydès en Maigret, cela paraît somme toute assez incongru. Quand on imagine Maigret, on pense à une personnalité massive, avec une certaine corpulence. Simenon s’était inspiré du physique de son arrière-grand-père dans ses premiers romans : « 1m80 et 110 kilos. Aspect puissant et fort. Embonpoint à une époque. » (D’après Simenon, Simenon & le cinéma, Claude Gauteur, Carnets omnibus, 2001)
Vous conviendrez donc que les mensurations de Denis Podalydès sont assez éloignées de cette description. Sans faire injure à l’acteur. Cependant le cinéma est un art de la convention, comme le théâtre. Convention entre le réalisateur et le spectateur. Denis Podalydès est Maigret. C’est un fait. Acceptons-le et voyons ce que ça donne !

Alors que penser de Maigret et le mort amoureux ?
Et bien tout d’abord, c’est un film sympathique. Agréable à regarder. Denis Podalydès est très convaincant en Maigret. Il endosse avec brio le costume du commissaire. L’imperméable, le chapeau, la pipe, les bons gueuletons, la bière et autres alcools… Tout y est. On retrouve le Maigret qu’on connaît. Et l’acteur de la Comédie Française arrive à nous faire oublier ces illustres prédécesseurs. Ce qui n’est pas une gageure.
Les autres acteurs sont au diapason de cette excellente prestation : Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux… pour ne citer qu’eux. Tous jouent leur partition sans fausse note.
Le film est adapté de Maigret et les vieillards, sorti en 1960. Et durant une grande partie du film, la trame, jusqu’aux dialogues du livre, sont scrupuleusement respectés. Est-ce gage de qualité ? Assurément non, car la fidélité scolaire à une œuvre littéraire n’est pas un critère de réussite. Ce que l’on attend dans une adaptation, en l’occurrence celle de Maigret, personnage iconique de la littérature policière, c’est le respect de l’atmosphère, des thèmes soulevés.
Et c’est ici que peut-être le bât blesse.
Car certains thèmes du livre ne sont peu ou pas abordés dans le film, et c’est bien dommage. Par exemple, Maigret en plongeant dans le milieu feutré et élégant de l’aristocratie, va se remémorer sa jeunesse à l’ombre du château de Saint-Fiacre, lui le fils du régisseur. Cette nostalgie de temps révolus, est d’ailleurs prégnante dès les premières lignes. Nostalgie d’un monde enseveli. Monde enseveli qui fascine Maigret tout en l’irritant. Idem, cette relation à double tranchant n’est pas forcément montrée dans le film. On y voit un Maigret qui doute certes, mais qui n’est pas dérangée par la solennité de ses interlocuteurs, voire leur étrangeté. Il tâtonne, mais pas une fois, on le sent emprunté, pas à son aise, gauche. Or dans le livre, c’est le cas.

Autre chose un peu dérangeante, c’est l’époque du film. Pascal Bonitzer, le réalisateur, a situé l’action en 2006. Pourquoi pas. Au contraire même cela peut donner quelque chose d’intéressant. Maigret, dans sa vie littéraire, a aussi traversé les époques puisqu’il est né dans les années 30, et le dernier roman se situe au début des années 1970. Le seul problème c’est que le cœur même de l’intrigue réside dans cette opposition entre Maigret, et ce monde où l’amour peut se vivre de façon chaste, où un mot n’est jamais plus haut qu’un autre, où se contenir et se retenir est comme une seconde peau. Un monde qui fuit la civilisation moderne, « cette conspiration contre toute forme de vie intérieure » selon Bernanos. Sauf que ce monde en 2006 n’existe plus tel qu’il est dans le livre, et tel qu’il est représenté à l’écran. Il est encore actif dans les années 60, avant que mai 68 ne vienne mettre un sacré bazar. Il aurait donc fallu adapter certains dialogues, certaines pensées du film à l’époque pour lui donner plus de pertinence. Et ne pas se contenter de clichés légèrement éculés.
Et je finirai par là, car sur sa connaissance de la religion par exemple, Pascal Bonitzer n’échappe pas à une forme de facilité. Ce qui est bien dommage. Alors que le livre de Simenon, est d’une remarquable finesse et vérité sur ce point. Pascal Bonitzer retravaille les dialogues à sa sauce. C’est bien dit, mais c’est faux. Le vrai est absent. On est dans le cliché. Je dirai même que d’un point de vue théologique, le film est faux. Mais je n’en dirai pas plus. Nonobstant ces considérations critiques, le film doit être vu.
C’est un film élégant, avec un Maigret sympathique, excellemment joué par Denis Podalydès, qui réussit l’exploit dans sa filmographie de jouer à la fois Rouletabille et Maigret, un véritable grand écart, et si le film vous procure l’envie de replonger dans l’œuvre de Simenon, alors c’est gagné.
Maigret et le mort amoureux (2026) réalisé par Pascal Bonitzer, avec Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux…
Pour ceux qui aiment les bandes-annonces :
