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L’ombre chinoise (1932) – Critique

L'ombre chinoise Maigret

Auteur : Georges Simenon

Intrigue de départ :

Le commissaire Maigret est appelé une nuit au 61 place des Vosges. Il ne comprend pas d’ailleurs pourquoi on a appelé le Quai d’Orfèvres et pas le commissariat du quartier. C’est que la concierge, Madame Bourcier, a une de ses locataires, madame de Saint-Marc, qui accouche et elle ne veut pas qu’elle soit dérangée par la flicaille de quartier. Et pourquoi a-t-elle appelé ? Pour un crime pardi ! Elle a retrouvé mort à son bureau Monsieur Couchet qui est le propriétaire des sérums du docteur Rivière, une affaire florissante. Heure du crime ? Entre huit heures et neuf heures. Place à l’enquête !

Protagonistes :

Maigret
M. Couchet : le mort
Nine : ancienne danseuse devenue sa maîtresse
Madame Couchet née Dormoy : seconde femme, de la haute bourgeoisie
Madame Martin : première femme de Couchet, n’aime que le pognon et par hasard se retrouve à habiter dans l’immeuble où travaille son premier mari
Monsieur Martin : fonctionnaire de l’enregistrement, habillé de façon très méticuleuse « petit fonctionnaire », effacé, insignifiant presque, se fait engueuler par sa femme trois soirs par semaine parce qu’il ne rapporte pas de pognon
Madame Bourcier : la concierge avec ses deux enfants
Monsieur de Saint-Marc : ancien ambassadeur, pas de la première jeunesse, mais très fier d’avoir un fils à cet âge, assez condescendant
Madame de Saint-Marc : on ne le voit presque pas du roman. Beaucoup plus jeune. Elle se repose après l’accouchement. Elle n’est pas au courant du crime.
Roger Couchet : fils de M. Couchet et de Mme Martin. Drogué, pourri gâté par son père qui n’en avait cure de lui. Vit comme un marginal.
Céline : connue des mœurs, copine actuelle de Roger Couchet, pas méchante
Colonel Dormoy : oncle de Madame Martin. Très à cheval sur les conventions. Il veut dominer Maigret mais n’y arrive pas.
La vieille Mathilde : vielle rombière qui vit avec sa sœur (sans le gaz et ça l’énerve) dans un appartement loué à prix modique (le proprio essaye de les faire dégager). Sa sœur est surnommée « la folle ». Quant à elle sa principale occupation est d’écouter aux portes.

Critique :

Toute l’intrigue se noue au 61 place des Vosges. L’ambiance y est lugubre. Le lecteur n’a aucune envie d’y poser ses valises. Il y a peut-être que l’appartement des Saint-Marc qui fait envie. Encore que… Le reste donne froid dans le dos. Et cette impression ne quitte pas le lecteur jusqu’à la fin. Simenon décrit un enfer de médiocrité. Parfois on se demande s’il ne règle pas là des comptes. Les pensées de Maigret sont si violentes ! Il préférerait même affronter un criminel endurci plutôt que ce crime où il devine les nombreuses saletés sous la moquette : « Un type qui vendrait chèrement sa peau. Eh bien ! Maigret eût préféré cela à toute cette grisaille sirupeuse, à ces histoires de famille, à ce crime encore inexplicable mais qu’il devenait hallucinant. »

Comme souvent dans les aventures de Maigret, l’enquête n’est qu’un prétexte s’intéresser aux hommes, pour toucher du doigt la condition humaine. Des êtres humains médiocres, pathétiques malgré une adresse prestigieuse. Dans certains Maigret, on sent de la compassion pour le criminel, un mauvais bougre pas armé pour la vie. Ici, il n’y en a pas. Seulement pour le mort. « Un chic type ». Le reste est noir. Peut-être trop… On a le sentiment à plusieurs reprises que Simenon sort de sa réserve, qu’il s’agace, qu’il en veut à la Terre entière. Lui qui écrivait quand le besoin physique s’en faisait sentir, avait peut-être besoin ce coup-ci d’hurler sa haine sur le papier. Hurler, le terme est violent car on reste chez Maigret. Ce n’est pas un « roman dur », mais il ne laisse pas indemne.

Maigret et l'ombre chinoise

Adaptations télé et ciné :

1961 : Shadow Play, téléfilm anglais de John Harrison, avec Rupert Davies
1966 : L’ombra cinese, téléfilm italien avec Gino Cervi
1969 : L’Ombre chinoise, téléfilm français de René Lucot, avec Jean Richard dans le premier rôle, diffusé sur Antenne 2.
2004 : Maigret et l’Ombre chinoise, téléfilm français de Charles Nemes, avec Bruno Cremer.
2004 : L’Ombra cinese, téléfilm italien de Renato de Maria, avec Sergio Castellitto (Commissaire Maigret), Greta Schacchi (Mme Martin).

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