Aller au contenu
Accueil » Blog Film Policier » Que Dios nos perdone (2016) – Critique

Que Dios nos perdone (2016) – Critique

confrontation Alfaro Velarde

Que Dios nos perdone (2016) – Point de départ

Madrid, été 2011. Un marginal marche dans une drôle de tenue sur une place madrilène. Un flic va fleurir la tombe de sa mère. Sur une caméra de sécurité, un autre flic tabasse son collègue. Il est interrogé par sa direction. On aimerait le virer. Il ne fait pas le fier. Au déjeuner, c’est différent. Il pavane devant ses collègues en racontant une histoire drôle. Les deux flics sont appelés sur un meurtre. La chaleur de la ville est étouffante. Une vieille dame a été retrouvée morte dans un escalier. On pense à un voleur qui aurait paniqué, mais un des flics n’est pas de cet avis.

Affiche Que Dios nos perdone

Que Dios nos perdone (2016) – Critique

Avertissement : si vous n’avez pas vu le film, je vous conseille vivement d’aller le voir avant de lire ces lignes. Vous ne serez pas déçu !

Si vous cherchez un polar poisseux à regarder durant l’été pour vous éviter une énième rediffusion du Gendarme de Saint-Tropez, Que Dios nos perdone est le film qui vous faut. Sorti en 2016 et réalisé par Rodrigo Sorogoyen, ce film policier espagnol appuie là où ça fait mal. Il raconte l’histoire de deux flics à la poursuite d’un tueur de vieilles dames en plein été madrilène, alors que la capitale espagnole accueille les Journées Mondiales de la Jeunesse et que les Indignés manifestent avec rage dans la rue, le tout sous un soleil de plomb.

Vous l’aurez compris, avant même de démarrer le film, notre chemise est déjà trempée de sueur. Que Dios nos perdone est un film étouffant, qui prend le spectateur aux tripes. La condition humaine dans toute sa noirceur se dévoile à nos yeux. Sorogoyen n’a rien voulu édulcorer. Que cela soit dans l’intrigue, dans le traitement de ses personnages, dans sa mise en scène, dans ces décors… Tout est foisonnant, radical. Le film s’établit sur plusieurs grilles de lectures :
– Un contexte social particulier et extrêmement tendu.
– La traque d’un serial killer presque invincible.
– L’évolution des personnages principaux, symboles à eux deux de l’homme prisonnier de ses instincts primaires.

Le contexte social

Madrid, dans le film, est perçu comme un volcan en éruption. La vie se passe dehors, dans le bruit, dans la foule qui hurle, dans les fumées des lacrymogènes, dans les violences des affrontements entre manifestants et policiers. La police, les manifestants, les pèlerins… Autant de groupes sociologiques différents qui s’entrechoquent les uns contre les autres.
Ce décor apporte une couche supplémentaire de tension au récit. Il procure au spectateur l’irrémédiable sensation d’implosion urbaine.

La traque

Un tueur qui s’en prend à des vieilles dames seules. La police ne souhaitant pas de publicité autour de ces affaires, il se sent poussé des ailes. Il prend tous les risques. Seul l’acharnement de l’inspecteur Luis Velarde, accompagné de son collègue, l’inspecteur Javier Alfaro pourra enrayer les massacres de cet assassin. On assiste donc à une intrigue policière menée tambour battant, avec ce qu’il faut de rebondissements, de moments de suspens et de mystère. Rodrigo Sorogoye maîtrise très bien ces figures imposées par le genre et embarque complètement le spectateur dans cette traque haletante. Le réel sordide de ce type d’affaire nous est montré sans trompe-l’œil, mais sans tomber non plus dans un voyeurisme malsain.

traque Que Dios nos perdone

Les personnages

En prenant comme personnages principaux, un flic bègue très cérébral et une brute aux pulsions violentes, Rodrigo Sorogoyen reprend le canevas, en plus dramatique, d’un buddy movie classique. Mais là où il est intéressant, c’est dans l’évolution pleine d’ambiguïté de ses personnages. Il n’est plus question de personnages binaires que tout oppose, mais deux phénomènes émanant d’une même racine, celle de la violence primitive, animale.

Des réserves ? Un peu…

Si Que Dios nos perdone est emballant à bien des égards, il n’est pas sans défauts. À commencer par son intrigue dont une des principales transitions narratives est très grossière. S’ils n’y avaient cette atmosphère, ces personnages, cette tension… il serait impossible d’accepter une ficelle aussi grosse. Mais on l’accepte car on est embarqué dans le récit. Cette intrigue classique, aux influences marquées (Psychose, Memories of Murder entre autres) s’embourbe donc dans des impasses dont elle se sort avec des incohérences. L’intervention d’un profiler est aussi à noter de façon négative, car il n’apporte que des indigences tirées de Psychologie Magazine. D’autre part, certains sujets de l’intrigue ne sont pas développés, frustrant ainsi le spectateur, notamment la relation du meurtrier avec sa mère.
Pour autant, malgré ces réserves, pas une seule fois, on ne se laisse envahir par le doute sur la crédibilité du sujet.
Un autre écueil de Que Dios nos perdone vient du traitement des deux personnages principaux. Car le film a le défaut de ses qualités. En voulant ne pas ménager ses deux inspecteurs, pour ne pas en faire des héros illustres, il va peut-être dans l’excès inverse qui consiste à les traîner dans la boue jusqu’au bout. Notamment pour l’inspecteur Javier Alfaro. L’enchaînement d’épreuves qu’il traverse devient trop pour être vraisemblable. Cependant, de même que pour l’intrigue, cette radicalité est acceptée et ne nous gâche pas le plaisir du visionnage.

Alors que dire de plus si ce n’est de vous recommander d’aller voir Que Dios nos perdone. Parce que rares sont les polars qui osent aller aussi loin en termes de mise en scène, d’évolution des personnages, d’ambiance, de noirceur… Bref un morceau de cinéma policier brut de décoffrage comme on les chérit tendrement.

Que Dios nos perdone (2016) réalisé par Rodrigo Sorogoyen avec Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira, Luis Zahera, José Luis García Pérez

Si vous aimez les bandes-annonces (attention, elle en montre trop) :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *