Le Pacte des loups – Point de départ
Nous sommes en France, en l’an de grâce 1789. L’Ancien régime ne va pas tarder à basculer dans le souvenir. Les torches brûlent sous les fenêtres du marquis Thomas d’Apcher. On lui conjure de fuir, celui-ci refuse. Il a plus important à faire. Il veut profiter de cette dernière nuit en son château pour raconter une histoire terrible qu’il vécut jeune. Cette histoire est celle de la Bête du Gévaudan.

Le Pacte des loups – Critique
Le Pacte des loups tient de plusieurs registres : film de cape et d’épée, film historique, enquête policière, film d’arts martiaux… On pourrait regrouper toutes ces terminologies sous le vocable très générique de « film de genre ». En effet, ce film est un mélange étourdissant, parfois chaotique, de diverses inspirations cinématographiques aux codes très définis comme le western par exemple. Ce foisonnement de références est totalement assumé par son réalisateur, Christophe Gans, qui, lors de la sortie du film en version 4K en novembre dernier (novembre 2022) s’est longtemps épanché dans les médias sur son bébé. La trame narrative du Pacte des loups étant une enquête policière, certes menée par un naturaliste en la personne du chevalier Grégoire de Fronsac, je trouve intéressant d’en parler sur ce site.
La Bête du Gévaudan est notre « Jack l’Eventreur » à nous, si vous me pardonnez cette expression. Elle suscite fascination et horreur depuis des siècles. Alors quand un film souhaite se pencher sur ce mystère où mythe et réalité chevauchent de pair, le spectateur amateur de sensations fortes applaudit. Seulement dès lors quel parti prendre ? Celui de l’historien, à savoir s’approcher au plus près d’une réalité possible ? Ou celui du romancier, qui en partant de faits réels tisse ses propres enseignements ? Christophe Gans a assurément choisi la seconde option. Les noms, les lieux, les faits sont souvent réels, mais ce qu’il en tire tient plus du conte horrifique que de la reconstitution minutieuse. Toutefois il est évident qu’un film n’a pas valeur d’être un documentaire. Et que pour traiter un tel sujet, il faut savoir se laisser gagner par une certaine fibre romanesque, afin d’aller chercher les angles morts, les parties d’ombre, pour ne tomber dans l’aspect desséchant d’une simple adaptation historique. Cette fibre romanesque, il va de soi que Christophe Gans en a fait son principal ressort scénaristique. Les idées ne manquent pas. Il y en a des brillantes comme d’autres qui frisent le ridicule. Il aurait fallu pour que le film soit pleinement réussi, que Christophe Gans soit retenu. Trop de thèmes, trop de réflexions sont abordés, à peine creusés, pour finalement être délaissés. Cela procure un sentiment de confusion généralisée, qui, une fois accepté, ne perturbe pas le visionnage mais nous laisse sur la faim. Cette œuvre généreuse souffre de sa gourmandise. Il y en a trop. Les amateurs de film de genre qualifient depuis longtemps Le Pacte des Loups comme un film culte. Pour ces âmes éprises de sensationnalisme, la forme prime sur tout. Et le fond par ses aspects sidérants doit être au diapason de la forme. Ce qui est parfaitement le cas sur Le Pacte des loups.

De plus ce fond, non content de voguer sur toutes les mers du monde, est la vision d’un homme du XXIème siècle sur la France de l’époque. Pas un poncif, pas un cliché, pas un raccourci, pas une facilité scénaristique n’est évitée. Ici point de surprise, les nobles sont forcément corrompus et vicieux, et le peuple épris de liberté. On aurait aimé que Christophe Gans, en embrassant ce sujet, se noie corps et âme dans cette époque au lieu de se poser en juge moralisateur pétri de bons sentiments, et donc forcément anachronique. On est ici confronté à un regard idéalisé, qui ne veut pas approcher le réel mais veut filmer des figures mythologiques très caricaturales. La fin est d’ailleurs d’une consternante bêtise. Comme si Christophe Gans souhaitait se donner des gages d’honorabilité. Le sujet méritait bien mieux. Il fallait se cantonner stricto sensu aux meurtres de la Bête. Le livre de Michel Louis (La bête du Gévaudan), que je recommande chaudement malgré un côté « rapport de Police », a servi comme ouvrage de référence pour le scénario. Il aurait, je pense, bien plus intéressant de l’utiliser avec plus de sérieux. On se rend compte, en le lisant, que l’histoire du Bête du Gévaudan n’avait nul besoin de développements narratifs boursouflés pour être portée à l’écran.
Alors bien sûr, il y a de très bonnes choses dans ce film, comme tous ces décors d’extérieur qui nous plonge dans une ambiance baroque inquiétante. C’est un vrai film d’extérieur, chose qu’on ne voit plus de nos jours. Des scènes marchent très bien. Le film propose son lot de morceaux de bravoure qui n’est pas déplaisant à voir, au contraire. Ainsi, on est, durant 2 heures 31, constamment tiraillé entre une jouissance commune au film de genre et ce souci de véracité qui nous chagrine. Cependant si vous aimez les ambiances frissonnantes et décadentes, le film a de quoi combler vos désirs.
Le Pacte des loups (2001) de Christophe Gans avec Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Monica Bellucci, Jérémie Renier, Mark Dacascos…
Pour ceux qui aiment les bandes-annonces :
