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Le Pacha (1968) – Critique

Le Pacha (1968)

Le Pacha (1968) – Point de départ

Le film commence par un enterrement, en banlieue parisienne, au milieu des usines et des immeubles. Autrefois c’était des champs. À l’écran, cela ne fait plus envie. Qui on enterre ? L’inspecteur Albert Gouvion. Plan large sur l’assistance. Que des huiles en costume sombre et visage grave. Plan serré sur l’un d’entre eux : Jean Gabin alias le commissaire Louis Joss, copain d’enfant de ce bon Albert. La voix off de Gabin se fait entendre :

« Oh, dans le fond, y’a pas de quoi pleurer ! Il revient tout simplement à Saint-Denis Albert. Il revient après un grand tour inutile, c’est tout. Il va enfin pouvoir se reposer de toutes ses singeries, de toutes ses fatigues, chez lui, là, tout près de la Seine. Autrefois, avant que le béton vienne manger l’herbe, c’est là qu’on regardait passer les bateaux, tous les deux. On jouait à faire semblant de croire qu’ils allaient à Shanghaï, les péniches, ou qu’elles passaient sous le pont de San Francisco. Et lui, Albert, il a dû continuer longtemps à faire semblant de croire. À croire des trucs, des machins. C’est peut-être bien à cause de ça qu’il est mort. De ça, et de son béguin tordu. Tout le monde parle d’infarctus, de cirrhose, de cancer, mais moi je dis que la pire maladie des hommes c’est de donner tout son amour à une seule bonne femme. »

Une grande tirade qui nous fait comprendre que l’amitié exige des devoirs et qu’on doit faire avec, quitte à se salir les mains.

Affiche Le Pacha (1968)

Le Pacha (1968) – Intrigue

On revient alors quelques semaines en arrière. L’inspecteur Albert Gouvion (Robert Dalban) est chargé d’escorter une importante cargaison de bijoux vers Amsterdam. Deux motards, une voiture banalisée, un fourgon… Tout devrait couler de source. Mais des bandits de grand chemin les attendent. Et pas avec de la petite mitraille. Au bazooka. Au vrai. Forcément ça fait des dégâts. Bizarrement, l’inspecteur Albert a les foies et jette sa bagnole dans le fossé. Au rapport dans la soirée, face à son pote le commissaire Louis Joss, il invoque la frousse, mais lui n’est pas dupe. Il sent qu’il se trame quelque chose. Et ça ne manque pas, quelques jours plus tard, son ami d’enfance est retrouvé mort dans une piaule. Accident ? Notre Gabin national privilégie la thèse du meurtre et va tout faire pour réduire à néant celui qui s’est permis d’envoyer devant Saint Pierre ce bon Albert. Un con mais un ami.

Le Pacha (1968) – Derrière et devant la caméra

Derrière la caméra, c’est Georges Lautner qu’on ne présente plus : Les Tontons flingueurs, Mort d’un pourri, Flic ou Voyou, Le Professionnel… Plus de trente années de carrière cinématographique. Du très bon comme du très mauvais. Il a filmé les plus grands. Dans Le Pacha, c’est la première fois qu’il filme Gabin (et l’unique fois). Il devait le filmer dans Les Tontons flingueurs en lieu et place de Ventura mais les exigences de l’acteur (il souhaitait imposer son équipe technique) poussent Lautner à l’évincer du projet. Autant dire que ce n’était pas l’amour fou. Lautner a dit qu’on ne dirigeait pas Gabin mais qu’on essayait de s’entendre avec lui. Mais les deux professionnels ont su accorder leur violon pour nous délivrer ce bijou.
Sur le film Gabin n’arrive pas avec son équipe technique mais Gainsbourg et sa chanson Requiem pour un con. D’ailleurs entre cette chanson et la violence de certaines scènes, le film n’a failli jamais voir le public, la censure, dans le climat enfiévré de mai 68, ne souhaitait pas voir une image de la police aussi impitoyable à l’écran.
On dira que dans ce film Gabin fait du Gabin, fidèle à lui-même. Mais cette tonalité presque crépusculaire, jusqu’au-boutiste, qui pénètre le film de la première à la dernière minute, fait ressortir un Gabin plus sombre, plus violent, qu’on n’a vu, dans un autre registre, dans Deux hommes dans la ville.

André Pousse Le Pacha (1968)

Le Pacha (1968) – Critique

Le Pacha est un excellent polar. Sans une once de gras. Tiré au cordeau. Le montage de Lautner y est pour beaucoup. Le film dure à peine une heure et demie. Pas de dialogues redondants. Audiard livre une de ses meilleures partitions. Chaque mot sonne juste, implacable. La réussite du film tient aussi pour beaucoup à la musique de Gainsbourg. Son Requiem pour un con est la pulsation du long-métrage. La rythmique est envoûtante, percutante. La scène au début du braquage du fourgon est un modèle de montage et synchronisation musicale. La rythmique de batterie de Requiem pour un con, froide, presque stressante à certains moments rythme le film. Gainsbourg apparaît même dans son propre rôle, dans une séquence. André Pousse compose un bandit absolument génial. Une crapule sans état d’âme qui mérite de finir six pieds sous terre. Dans Le Pacha, pas de glorification du gangster. Pas de romantisme. Trahison et tuerie. Il n’y a que ça que cette espèce sème derrière elle. Alors si vous avez en marre des films verbeux à rallonge, allez voir Le Pacha. Et même si vous l’avez déjà vu, ce n’est pas grave. C’est le genre de films qu’on devrait revoir une fois par an.

Le Pacha (1968) de Georges Lautner avec Jean Gabin, André Pousse, Robert Dalban, Dany Carrel, Jean Gaven…

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