Cet ouvrage est une référence pour ceux qui s’intéressent au film policier français. Son auteur, François Guérif, parle aux amoureux du polar puisqu’il a dirigé pendant trente ans la collection Rivages/Noir. Il fut notamment l’éditeur de James Ellroy en France. Cela pose le personnage. Depuis 2017, il œuvre aux éditions Gallmesteir, un éditeur spécialisé dans la littérature américaine.
L’auteur nous propose donc une rétrospective du genre policier de ses débuts jusqu’aux débuts des années 1980 : « L’évolution du cinéma policier français a suivi de près celle du roman policier français, du feuilleton au polar contestataire, en passant par le policier classique, les adaptations de Simenon, le film de suspense, les Séries Noires – peintures de mœurs, sans oublier la comédie policière. » Tous ces sous-genres, très divers dans la forme et dans le fond, sont analysés avec brio par François Guérif. Cette analyse est d’autant plus intéressante que le genre policier épouse les préoccupations de la société civile comme nul autre. Longtemps considéré à tort comme un genre mineur par une caste d’intellectuels pédants, le film policier est un formidable miroir des passions ensevelies, des pensées troubles, des bas-fonds, des parts d’ombres de nos concitoyens. On va voir un film policier pour ressentir une émotion qui s’apparente de près ou de loin à une forme de peur. On va voir ce qu’on ne veut pas voir.

François Guérif en détaillant, décennie par décennie, les modulations du film policier français montre toute la richesse et la variété d’un genre qu’il serait injuste de réduire à une simple mécanique pour spectateurs avides de sensation. Certes dans le lot, le sublime côtoie le médiocre. Mais cette observation est intrinsèque à tout art.
Cependant on pourrait regretter de la part de l’auteur un certain parti pris idéologique et esthétique. En effet, on sent chez lui une forte appétence pour le cinéma policier à vocation politique. Une politique très marquée à gauche : « Politiser le genre est, a priori, une bonne chose. Mais des films comme La Bande à Bonnot ou Z, jouant le jeu du thriller et adoptant le star-system, posent le problème de la récupération. » On retrouve dans ces quelques mots une diatribe bien connue dans l’intelligentsia de gauche et d’extrême gauche. Toutefois il est important de rappeler que ce livre a été écrit dans les années 1980. Mitterrand venait tout juste d’être élu. On sortait de l’obscurantisme et on filait vers la lumière. Tout était politique. Quarante ans plus tard, les choses sont plus complexes.
Même si on ne partage pas les goûts et dégoûts de l’auteur (cette fascination de la gauche pour les gangsters est horripilante), Le Cinéma policier français est un livre à avoir dans sa bibliothèque, une mine d’informations très bien illustrée et qui permet de découvrir des trésors oubliés. À signaler que la préface n’a absolument aucun intérêt. Vous pouvez la sauter allégrement.
Le Cinéma policier français écrit par François Guérif, préface de Jean-Patrick Manchette, paru en 1983 aux éditions Henri Veyrier.
NB : ce livre n’est malheureusement plus édité. Si vous souhaitez l’acquérir, utilisez le site Rakuten.
