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Classe tous risques (1960) – Critique

Classe tous risques (1960) avec Lino Ventura

Classe tous risques – Point de départ

Le film débute à Milan. La gare est pleine de flics. Un homme dit au revoir à sa femme et ses deux mômes. Avec son copain, ils sont traqués par la police. Ils doivent quitter l’Italie. Leur seule solution ? Gagner la France où ils sont peut-être oubliés. « L’étau de la police italienne se refermant chaque jour un peu plus, la France était redevenue préférable. Il y était peut-être oublié. »

Affiche de Classe tous risques (1960)

Classe tous risques – Critique

Classe tous risques est l’histoire d’un homme en fuite. Un gangster condamné à mort par contumace, Abel Davos (joué par Lino Ventura), acculé de tous côtés, et dont la seule raison de vivre est sa femme et ses deux enfants. Vivre à leurs côtés paisiblement. Un doux rêve qu’il pourchasse en vain. Cet homme va se heurter à la froideur de ses anciens amis. Il pensait trouver des frères d’armes. Il trouve des bourgeois prudents (pléonasme). Seul un de ces vieux copains reste fidèle à lui-même, mais il ne peut pas l’aider, il est en provisoire, c’est un perdant. Ces anciens amis lui envoient quand même un type, inconnu au bataillon, un jeune droit et fiable : Eric Stark (joué par Belmondo). Ça sera sa rampe de secours.
Le film fonctionne en pur film noir, un vase clos dans le milieu interlope des malfrats. Les flics n’ont pas le premier rôle. Ce sont des loups qui surviennent à certains instants. Mais le cœur dramatique du film c’est Abel Davos et sa solitude. Malgré l’aide infaillible d’Eric Stark, il sent comme le poids incompressible de sa propre fin. Il est déjà condamné. Sa planche de salut résidait dans ses anciens amis. Mais il sent qu’il n’est pas le bienvenu. Pourtant, ils lui doivent tous quelque chose : la vie, l’argent… Mais tout ça c’est du passé : « Abel ? Personne ne l’a jamais revu. Je vous jure. Personne. Le passé c’est le passé. Et pour moi Abel, c’est comme s’il était mort » explique vainement à la maréchaussée Riton, un de ces fameux anciens amis.

Ventura Belmondo Classe tous risques

Claude Sautet signe ici son premier film assumé. Il avait réalisé auparavant Bonjour sourire mais c’était pour dépanner. Il n’a jamais revendiqué la paternité de ce long-métrage. Premier film donc, premier grand film malgré son échec financier. À bout de souffle de Jean-Luc Godart accapare toutes les entrées. Grand film car tout est bon : les acteurs, la mise en scène, l’histoire… L’émotion et le suspense sont intenses. La relation qui lie Abel Davos à ses deux gamins est un magnifique moment de cinéma. Peu de mots sont dits. On ressent toute la souffrance d’un père voulant donner le meilleur à ses enfants, mais qui ne peut rien faire, si ce n’est leur apporter un minimum de sécurité. Cette relation donne une épaisseur tragique au personnage et l’humanité nécessaire pour que le spectateur puisse s’attacher à lui. Lino Ventura a une présence magistrale à l’écran. Jean-Paul Belmondo, en compère de fortune, est aussi impressionnant. Physique de loup maigre, habile des poings, gueule de boxeur… Lui aussi n’a pas besoin de beaucoup parlé. C’est un fidèle parmi les fidèles, un type sûr.
La mise en scène de Claude Sautet va à l’essentiel. Les plans sont millimétrés. L’action ne s’encombre pas de périphrases. Les actes conditionnent l’histoire.
Nerveux et mélancolique, Classe tous risques est un beau et grand film noir. Le seul bémol vient d’Abel Davos. Le film est l’adaptation du bouquin éponyme de José Giovanni dont le personnage est inspiré d’une ordure : Abel Danos dit « le Mammouth » une « figure » de la Gestapo, truand notoire, impliqué dans plusieurs meurtres. José Giovanni qui le connut à la Santé en fait un portrait presque romantique. Sautet ira aussi dans ce sens. Une ambivalence qui nous empêche d’embrasser la cause d’Abel Davos dans le film. On se dit même qu’à la fin il a eu ce qu’il méritait. Cependant la dernière demi-heure du film nous montre un autre visage d’Abel qui nous invite à nous poser des questions sur sa nature profonde. Comme si le cinéaste voulait nous rappeler qu’il n’était en rien un enfant de chœur. Sur Abel Danos, Sautet déclare en 1994 qu’il n’aurait peut-être pas fait le film s’il avait su qui était vraiment Abel Danos. Une déclaration que l’on laissera au lecteur le soin de se faire sa propre idée. Cette réserve faite, le film est à voir. Nulle objection là-dessus. C’est un excellent film noir.

Classe tous risques (1960) de Claude Sauter avec Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Sandra Milo, Marcel Dalio…

Pour ceux qui aiment les bandes-annonces (je vous préviens, elle est très longue et elle en dit trop comme beaucoup de bandes-annonces) :

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