Blow Out – Point de départ
Le film démarre sur un bon gros navet d’horreur. Le spectateur est un serial killer à lunettes qui respire fort. Il est en train de s’infiltrer dans une cité universitaire où les critères d’admission doivent être basés sur le physique vu le nombre impressionnant de mannequins qu’il croise à la minute. Le serial killer avance. La respiration se fait de plus en plus forte. Il entre dans les douches. Par bonheur pour lui, par malheur pour elle, une naïade blonde se lave. Il brandit son couteau Psychose is back. Hurlement ridicule de la fille. Coupé. On se trouve balancé dans une petite salle de projection où Jack (John Travolta) se fait enguirlander par son metteur en scène pour la pauvreté des sons placés sur la bande audio. Cet ingénieur du son désabusé se met donc en quête de nouveaux sons pour alimenter ce nanar intersidéral promis à un magnifique avenir, un futur chef-d’œuvre sans nul doute. On le retrouve ensuite au bord d’un lac ,de nuit ,en train de capter différents sons : une conversation amoureuse, un croassement de grenouille, un hululement de hibou… Soudain, il entend une voiture arrive, une détonation, un bruit de dérapage, et il voit ladite voiture tomber dans le lac. Il se précipite alors pour sauver ce qui peut encore l’être. En l’occurrence une jeune fille, mignonne de surcroît. Le conducteur lui a déjà rendez-vous avec Saint Pierre. Il s’agit du gouverneur McRyan, favori pour la prochaine élection présidentielle…
Blow Out – Structure
Blow Out est monté comme un parfait film de genre avec ces scènes fortes qui ont pour but de saisir le spectateur par le col de chemise. On est bien devant un film policier puisqu’il y a enquête de la part de Jack Terry, mais qui tient beaucoup aussi du thriller à l’accent politique (forcément un candidat à la présidentielle qui meurt, ça sent un peu le complot…) voire à certains instants du pur slasher movie. Fort heureusement, malgré ces nombreuses influences parfois très marquées, l’intrigue de Blow Out reste très cohérente jusqu’au bout et ne lâche pas le spectateur d’un iota.

Blow Out – Critique
Je me suis permis de placer Blow Out comme faisant partie des 100 meilleurs films policiers à voir absolument. C’est un choix qu’on pourrait discuter longuement car Brian De Palma, le réalisateur, a cette particularité de filmer sur une corde raide. Il va tellement loin dans sa mécanique, ses références, ces propositions narratives qu’il n’est pas loin du ridicule. Les âmes éprises d’une véracité documentaire n’aiment pas Brian De Palma. Elles le trouvent trop dans l’emphase, le style, le mauvais goût. Leurs reproches sont fondés. Il y a du mauvais goût chez lui. Il y a aussi beaucoup d’obsessions visuelles comme son goût de filmer par les fenêtres comme un voyeur (cela lui viendrait de son père qui lui demandait d’espionner sa mère), ses écrans divisés, son amour des décors de gare qu’on retrouve dans Les Incorruptibles ou L’Impasse, ses références perpétuelles à Hitchcock, etc. Mais loin de l’écraser, ces nombreuses références et manies galvanisent son matériau cinématographique. Brian De Palma est un artiste de la caméra. Il va aux limites. Le début de Blow Out est une parodie. Parodie d’un type de films dont il est friand. L’homme ne craint pas l’autodérision, conscient de la vacuité de ses passions visuelles. Un homme qui vit par et pour le cinéma. C’est la principale réflexion de ce film. Jack Terry ne voit l’existence qu’à travers le prisme de son instrument qui est un micro. Brian De Palma est un cinéaste de l’obsession, presque de la névrose. Blow Out est un coup de poignard amer sur les Etats-Unis du début des années 80. Contrairement à un Tarantino qui se complaît dans de la violence, Brian De Palma en fait le bras armé du diable. La violence chez lui n’est pas sympathique. Elle est malheureusement inhérente à la condition humaine. Une tare monstrueuse.
On pourrait résumer Brian De Palma à un génial artisan de la caméra, mais Blow Out prouve que cette affirmation est erronée : il a cette capacité d’avancer un discours cynique sur la mainmise des puissants puis cinq secondes plus tard nous serrer le cœur sur une histoire d’amour impossible. L’alliance des extrêmes. Toujours cette corde raide. Une vraie générosité visuelle qui ne va pas sans défauts ni aspérités, mais qui nous montre ce qu’est et ce que doit être le vrai cinéma, la transmission de l’émotion par l’artifice.
Blow Out (1981) de Brian De Palma avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow…
Pour ceux qui aiment les bandes-annonces :
